Le Japon va accroître ses importations de terres rares moyennes et lourdes en provenance d’Australie

Le Japon diversifie ses sources d’approvisionnement en terres rares, éléments essentiels à ses industries de haute technologie. La société Sojitz prévoit d’augmenter ses importations de terres rares moyennes et lourdes, très rares, en provenance d’Australie, passant de deux actuellement à un maximum de six d’ici mi-2027.

La Chine domine depuis longtemps la production de terres rares moyennes et lourdes. Par ailleurs, le Japon a lancé un projet de coopération avec la France, qui cherche à raffiner ces éléments localement, et le mouvement visant à « réduire la dépendance à l’égard de la Chine » pour les terres rares moyennes et lourdes prend de l’ampleur.

Sozitz commencera à importer du samarium d’Australie en avril. Lynas, la plus grande entreprise australienne de terres rares dans laquelle Sojitz détient une participation, extrait le samarium en Australie-Occidentale et l’utilise à partir des produits de son usine de séparation et de raffinage, bientôt opérationnelle, en Malaisie. Le samarium est utilisé dans les aimants permanents des avions, notamment des avions de chasse, et dans les réacteurs nucléaires. Il s’agit de la première production commerciale de samarium hors de Chine. La demande intérieure japonaise annuelle est d’environ 80 tonnes, et le volume précis des importations pour Sojitz n’a pas encore été déterminé.

Outre le samarium, l’usine de raffinage en Malaisie prévoit de commencer la production de gadolinium, utilisé en imagerie médicale et dans les barres de contrôle des réacteurs nucléaires. Parallèlement, la capacité de production de dysprosium et de terbium, déjà produits et exportés vers le Japon pour des composants essentiels tels que les moteurs de véhicules électriques, sera augmentée.

La capacité de traitement et la gamme de produits de l’usine de raffinage devraient croître progressivement, avec pour objectif d’atteindre une capacité de traitement annuelle de matières premières de 5 000 tonnes d’ici deux ans. Il est prévu que d’ici mi-2027, deux ou trois nouveaux types de terres rares importées seront disponibles, dont le gadolinium et l’yttrium, utilisés dans les matériaux supraconducteurs pour dispositifs médicaux.

Contrairement aux terres rares légères, plus largement réparties dans le monde, les terres rares moyennes et lourdes sont concentrées dans le sud de la Chine, l’approvisionnement mondial dépendant presque entièrement de ce pays. Dans ce contexte, le gouvernement chinois a renforcé en janvier les contrôles à l’exportation des terres rares à double usage vers le Japon, faisant de la diversification de la chaîne d’approvisionnement une priorité pour le Japon.

La coentreprise de la Japan Energy and Metals National Corporation (JOGMEC) et d’Iwatani Corporation investira dans la société française Caremag en 2025. Caremag construit une usine de raffinage de terres rares en France, avec l’objectif de démarrer la production commerciale en 2027 et d’exporter du dysprosium et du terbium vers le Japon.

La rentabilité est devenue un enjeu majeur dans les efforts du Japon pour diversifier sa chaîne d’approvisionnement. La mine de Mount Weld de Lynas, en Australie-Occidentale, ne contient qu’environ 5 % de terres rares moyennes et lourdes. Selon la JOGMEC, certains gisements du sud de la Chine présentent des teneurs en terres rares moyennes et lourdes pouvant atteindre 50 %. Par conséquent, la production australienne de terres rares est actuellement considérée comme nettement plus coûteuse que celle de la Chine.

La séparation et le raffinage des terres rares commencent généralement par les terres rares légères, dont le numéro atomique est faible ; le coût de raffinage des terres rares moyennement lourdes, dont le numéro atomique est plus élevé, est encore plus important. Parallèlement, la production de terres rares moyennement lourdes génère des sous-produits tels que le cérium, dont la production excède souvent la demande, ce qui représente un coût pour la vente ou l’élimination.

Afin de garantir la rentabilité, la coopération internationale s’intensifie. En février, le gouvernement américain a proposé la mise en place d’un système de prix minimum avec le Japon et l’Union européenne (UE) pour freiner l’afflux de produits chinois à bas prix en imposant des droits de douane sur les importations de terres rares. Cette mesure permettrait de stabiliser le marché et d’encourager les investissements dans le développement des minéraux critiques par différents pays.